Le Stream, qui pourrait se traduire par “flux” en français, est une technique pour envoyer des informations en instantané à un utilisateur. Par exemple, Netflix est un service qui propose des vidéos en streaming. Ainsi, vous n’avez pas besoin de télécharger les films pour les regarder. La société vous envoie les informations en temps réel. Les streamers (Les streamers sont des animateurs qui se filment en direct) dont nous allons parler ici font du live streaming (diffusion en direct) : ils se filment et nous partagent la vidéo en direct. La plateforme de live streaming la plus utilisée est Twitch.tv, propriété d’Amazon, qui reste cependant très centrée sur les jeux vidéo malgré des efforts de diversification. Les autres plateformes populaires restent bien loin derrière : on retrouve en seconde position Youtube Live, puis Facebook comprenant Facebook Live et Instagram Live, Periscope et enfin Mixer. 

La plateforme Twitch.tv possède pour l’instant un quasi-monopole du marché du livestream, essentiellement de jeux vidéo. C’est pourquoi il est nécessaire de s’y arrêter afin de mieux comprendre cet univers. Sur Twitch, on retrouve les streamers et les viewers.  La plupart des streamers le sont par passion et sur leur temps libre, mais certains en font leur métier. En 2018, ils étaient en moyenne 3,4 millions à proposer du contenu chaque mois. Les viewers sont les spectateurs, qui peuvent interagir entre eux ainsi qu’avec le streamer par le biais d’un chat, une messagerie virtuelle en direct. 

Mais pourquoi le simple fait de regarder des personnes jouer aux jeux vidéo suscite un tel engouement ? Dans un premier temps, les streamers sont tous différents : certains sont des joueurs professionnels, tandis que d’autres sont des animateurs, des showmen. À chaque profil de streamer correspond une communauté plutôt fidèle, et c’est pour cela que Twitch est aussi populaire : l’interface encourage les utilisateurs à dialoguer entre eux et à solliciter le streamer. Un dialogue s’établit et de petites communautés se créent rapidement : la force des chats et des forums sur Internet est qu’ils rassemblent les personnes autour de centres d’intérêts qu’ils ont en commun. Pour bien comprendre l’ampleur de ces communautés, prenons un exemple qui a marqué la plateforme : Twitch Plays Pokemon. Un programmeur australien met en place en 2014 un livestream du célèbre jeu Nintendo Pokemon Version Rouge. Cependant, ce sont les utilisateurs de Twitch qui contrôlent le héros grâce à des commandes dans le chat. Ce phénomène a attiré plus d’un million de joueurs, et le jeu a été terminé en 16 jours. Cette expérience fait partie désormais de la culture d’internet. 2014, c’est également l’année de l’essor du livestreaming et de Twitch : En février, la plateforme annonçait un million de streamer actifs et 45 millions de spectateurs réguliers, qui visionnent 13 milliards de minutes de programme chaque mois. En clair, en 2020, le streaming n’est plus un marché de niche, mais bien le centre d’une industrie gigantesque gouvernée par Twitch, et donc par Amazon (bien que la plateforme ait conservé son indépendance et son siège social après le rachat en 2014). De son côté Microsoft a lancé sa propre plateforme qui se veut concurrente directe de Twitch, appelée Mixer. Pour cela, l’entreprise a proposé un contrat de plusieurs dizaines de millions de dollars à Tyler “Ninja” Blevins, le streamer ayant le plus d’abonnés sur Twitch (14 millions, et les abonnements sont payants), afin qu’il réalise désormais ses streams sur Mixer. C’est un bilan mitigé pour Microsoft. Bien que l’entreprise offre une alternative sur le marché et ai fortement investi dans le projet, le succès n’est pas au rendez-vous. Pour preuve, sa côte de popularité reste faible.

Malgré le développement récent d’une rubrique IRL (In Real Life, dans la vraie vie dans laquelle les streamers se filment sans forcément jouer aux jeux vidéo), lorsque l’on parle de livestream et de Twitch, on fait principalement référence aux jeux-vidéos. Pourtant le livestreaming dans d’autres domaines est un marché à saisir : Twitter a racheté Périscope en 2015, une startup qui a produit une application qui permet aux utilisateurs de retransmettre en direct ce qu’ils filment avec leur téléphone. En 2016, l’Élysée retransmet en direct sur cette application la visite par François Hollande de l’entreprise Showroom Privé. De la même façon en 2019, dans le but de toucher les jeunes, dix ministres se sont retrouvés à participer à un grand débathon (débat-marathon) retransmis en direct sur Twitch. Pour le livestreaming hors jeux vidéo, c’est Facebook qui prend la tête du marché en combinant Facebook Live et Instagram Live. 

Grâce à Twitch, n’importe qui peut devenir streamer. Cependant, en faire son métier demande une véritable âme d’entrepreneur. Il faut un certain nombre de spectateurs réguliers avant de devenir partenaire de Twitch, et pouvoir rémunérer ses streams. Les revenus sont assurés aux streamers par le biais de publicités durant les pauses du live, reprenant le schéma proposé à la télévision ; ou encore par des dons des viewers directement au streamer ou des partenariats avec des marques (généralement des éditeurs de jeux vidéo). Les viewers peuvent donner de l’argent directement aux streamers qu’ils apprécient, sous forme de  dons. Ils sont assez fréquents et permettent au streamer de continuer son activité, puisque cela reste une de ses principales sources de revenu. Devenir streamer à plein temps revient à prendre le statut d’auto entrepreneur : il faut investir en permanence dans du matériel de qualité, produire du contenu varié et intéressant et sans cesse se renouveler pour fidéliser les viewers et en attirer de nouveaux. Tout cela peut représenter beaucoup de travail et demande des mois voire des années de travail, pour un revenu qui n’est pas toujours garanti. 

C’est pourquoi les streamers se regroupent parfois autour de WebTV. Si on considère que streamers sont des entrepreneurs, alors les WebTV peuvent être apparentées à des incubateurs dans le sens où en règle générale, elles fournissent aux streamers du matériel, des locaux et inscrivent leurs live dans une programmation. Cependant, à la différence d’un incubateur, les streamers restent souvent dans la WebTV qui les emploie bien que la plupart pensait utiliser cette expérience comme un tremplin pour se lancer seul. 

Les streamers indépendants et les WebTV ne sont jamais à court d’idées pour se diversifier et monter de nouveaux projets. La WebTV est comme une maison-mère, centre de l’activité autour de laquelle se développent des filiales. La WebTV Solary a créé par exemple sa propre équipe d’e-sport en 2019. 

Enfin, attardons-nous sur un des piliers du stream en France : Adrien Nougaret, de son pseudo ZeratoR, suivi aujourd’hui par plus de 780.000 personnes sur Twitch. Véritable entrepreneur, il s’est lancé dans le streaming depuis déjà dix ans et est à la tête de sa WebTV, la ZTV, et de sa maison de production ZRT PRODUCTION. C’est un exemple de réussite dans le milieu, puisqu’il a créé son studio de développement de jeux vidéo en 2016 : Unexpected. Enfin, il organise chaque année un grand événement caritatif nommé le Z Event, qui regroupe une cinquantaine de streamers durant trois jours. Tous les fonds récoltés lors de cet événement sont reversés à un association caritative. En septembre 2019, l’évènement a levé 3,5 millions d’euros pour l’institut Pasteur, devenant le marathon caritatif ayant récolté le plus d’argent de l’histoire de Twitch. 

Le livestreaming n’est plus un mot de « geek », au contraire. N’importe quel adepte des réseaux sociaux s’est sûrement déjà retrouvé de près ou de loin face à un livestream. La plateforme Twitch n’est plus uniquement réservée aux jeux vidéo, mais est bien un espace accueillant sur lequel il est facile de perdre quelques heures à naviguer entre les différentes rubriques et les nombreux streams. Malgré la volonté de Twitch de toujours opposer Internet et la télé, on y retrouve des émissions mais sous un format différent, loin des codes télévisés. Chacun de ces médias offre un public différent et plus de choix pour le spectateur qui souhaite se divertir. Le plus intéressant est pourtant que de nouveaux métiers émergent grâce à ces nouvelles technologies. Qui sait dans quoi se lanceront les entrepreneurs de demain ? 

Article rédigé par Alban Suard, étudiant en première année à Grenoble Ecole de Management et membre du pôle blog de GEM Entreprendre.

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