Chaque jeudi, un membre de Gem Entreprendre présente aux autres personnes de l’asso un exposé sur un sujet qui le tient à cœur en lien avec le monde de l’entreprenariat et des start-up. C’est un moment dédié au partage et aux débats les plus enflammés.

Le sujet du jour était « Les nouvelles start-up de l’information sur Internet ». Plus largement c’était un aperçu des modes de financement sur Internet, comment gagner sa vie sur la toile en somme. J’apporte un point de vue purement subjectif, en partie dû à mon travail d’esclave pour un site internet depuis maintenant 6 mois.

Tout d’abord une rapide introduction : dernièrement Le Monde a publié sur ses réseaux sociaux le lien vers un article intitulé « Les Français ne lisent plus ? La faute aux réseaux sociaux. ». Forcément, débats houleux dans les commentaires Facebook et Twitter, répartie à deux balles et insultes sont au rendez-vous. Mais si vous faisiez l’immense effort de cliquer sur l’article, le site du Monde vous affichait le message suivant : « Joyeux premier avril ! S’il est vrai que nous avons parfois l’impression de lire des commentaires sans avoir lu, vous faites partie de ceux qui cliquent. Et nous vous remercions pour ça. Menons une petite expérience et voyons ce que les autres internautes ont à dire à propose de cette « information » ».

Classique sur Internet en somme. Les nouvelles plateformes réinventent notre façon de traiter l’information.

Alors comment se financer sur internet ?

Vous décidez de sauter le pas, de lancer votre site dédié aux avocats bios sur internet. Très vite, les coûts s’accumulent : achat de nom de domaine, paiement du graphiste, de vos journalistes qui écument le web à la recherche de l’avocat parfait… Vous décidez de recourir à la publicité, aux célèbres bandeaux qui vont encadrer votre site internet. Mais pas question de voir des pubs pour Burger King. Vous choisissez avec soin vos annonceurs pour rester en accord avec la ligne éditoriale de votre site. On arrive au cœur du sujet, comment mettre en relation des sites qui cherchent des revenus et des entreprises avides de publicité sur les réseaux ? Le premier à trouver une solution efficace et durable c’est Google qui lance au tout début du 21ème siècle Google AdWords. Le fonctionnement est simple : vous définissez des mots-clés pour votre site (ici on choisit « avocat bio ») et Google AdWords affiche des publicités pour vos produits soit dans les résultats du moteur de recherche Google soit sur d’autres sites. A quel moment vous payez ? Si l’internaute clique sur un lien ciblé que Google lui a proposé en fonction des mots-clés qu’il tape ou en fonction de son historique de navigation. Mais où Google fait fort c’est que plus votre site est pertinent pour l’utilisateur, plus le prix du clic est bas et plus vote annonce est mise en avant. Ce mode de fonctionnement encourage les sites à travailler leur référencement : trouver des mots-clés de plus en plus pertinents, écrire des résumés d’articles détaillés… L’objectif est de remonter dans l’algorithme de Google et d’apparaître dans les premiers liens du moteur de recherche.

Ce type de référencement (SEO) ne vous coûte théoriquement rien. Google pour se rémunérer doit donc affiner le ciblage. En 2014, Google va plus loin. Il commence à scanner toutes les conversations des comptes Gmail pour trouver des informations lucratives. Vous dites par mail à votre cousin votre envie d’acheter une tondeuse ? Une pub pour le gazon synthétique de Leroy Merlin s’affichera sur votre navigateur. En juin 2017, Google annonce la fin

Vicieux ? Attendez, on va maintenant s’attarder sur le modèle économique de ce que je nomme « les nouvelles start-ups de l’information sur Internet ». En tête j’ai nommé son Altesse Konbini.

Sur ces sites, on pousse la logique de marketing à son paroxysme. Les entreprises ne payent plus pour figurer sur les bannières publicitaires mais au cœur de l’article lui-même. Meilleur exemple, la section Football de Konbini, modestement nommé « Football Stories — Le football devient pop avec Coca-Cola et Konbini ». Bon vous allez me dire : qu’est-ce que ça change ? On sait que Coca-Cola sponsorise ces articles, c’est clairement explicité. Certainement mais essayez de trouver un article sur les conditions de travail des ouvriers sur le chantier de la coupe du Monde au Qatar en 2022. Impossible, on ne peut associez ce sujet sensible à l’image « bienveillante » de Coca-Cola. Vous ne trouverez dans ces catégories que des articles policés et convenus. Mais d’ailleurs qui écrit les articles pour ces sites qui squattent vos Facebook ? Des auto-entrepreneurs ultra-précaires payés en fonction du nombre de clics qu’a généré l’article : 4 euros au minimum, et un maximum de 30 euros quand le texte atteint les dix mille vues en moins de vingt-quatre heures. De plus, si vous bossez en dehors des horaires de travail, chaque article supplémentaire est rémunéré 10 euros sous la forme d’une prime exceptionnelle pour échapper aux cotisations sociales. Donc le buzz et la quantité priment. Mais comment écrire parfois jusqu’à 8 articles par jour ? Très simple, en ne choisissant pas vous-même votre sujet. Konbini notamment utilise un algorithme nommé Shape qui analyse les habitudes des lecteurs (thèmes de conversation sur les réseaux sociaux, recherches Google et tendances sur Twitter) afin de définir les sujets susceptibles de générer le plus d’intérêt. N’y-t-il pas a un léger souci dans ce monde de fonctionnement ?

Au fond, qu’est-ce que c’est le journalisme sur Internet ?

Bon, je ne vais pas m’attarder sur des définitions tirées de Wikipédia que personne ne comprend. Le Web est un monde à part, le journalisme qui s’y rattache l’est aussi.

Il me semble après ce que j’ai dit plus haut que le premier élément est le choix réfléchi et personnel du sujet traité. Suivre un algorithme qui va vous proposer les tops tendances à la seconde près c’est le risque d’écrire sur un sujet que vous ne maitrisez pas et dont vous vous moquais sûrement. L’aspect lucratif prime. C’est ici qu’intervient la notion de « ligne éditoriale » : les choix et décisions que fait un site pour se conformer à une ligne morale ou éthique clairement définie. Prenons un exemple extrême, le site Van Winkle’s a publié pendant plus de deux ans des articles qui n’avait qu’un seul thème : le sommeil. Au bout de centaines d’articles, le propriétaire du site a arrêté les publications et a créé un nouveau site nommé Wooly où il publiera des articles cette fois sur le bien-être. La ligne éditoriale est claire et suivie et même si on peut critiquer l’absurdité du processus, on ne peut que saluer la détermination du bonhomme.

Deuxième élément : le traitement de vos sources. Écrire un article c’est se référer sans cesse à des sources d’informations préexistantes donc les vérifier c’est éviter de passer pour un imbécile. Prenons un exemple pratique avec un article de Konbini. A gauche de l’image est affiché la publication sur Facebook du lien du nouvel article. Il traite de « The Room », remis à la mode avec la sortie prochaine dans les salles obscures de « The Distaster Artist » qui traite de la réalisation de ce film considéré comme le plus grand navet de l’histoire. L’information est choc : une version 3D. Maintenant cliquons sur l’article et cherchons la source. C’est ce tweet à gauche de l’image. Tommy Wiseau, le réalisateur répond à la question d’un internaute « Y a-t-il une chance que The Room sorte en version 4K ? ». La réponse est ironique, il lui promet du son 5.1 et même une version 3D. Il le « troll » si je puis dire. Mais Konbini prend ce tweet pour argent comptant et annonce une version 3D. Alors où est le problème me direz vous ? Vous voyez la supercherie en cliquant sur le lien si vous savez un minimum qui est Tommy Wisseau. Mais rappelez-vous mon introduction à propos du premier avril du Monde. Et oui beaucoup de gens auront juste lu le titre et penseront qu’une version 3D est en préparation. Alors Konbini fait-il des titres mensongers ? Pas tout à fait. Nous prend-il pour des cons ? Assurément.


Pour finir, je vais m’attarder sur ce qui est selon moi l’avenir de la publicité sur Internet.

Connaissez-vous Discover de Snapchat ? Ce sont des « story » crées par des médias comme Le Monde, Vice ou encore mes amis de chez Konbini. Le format est adapté à la plateforme au logo jaune. Le Monde aurait 10 millions de lecteurs par jour, Vice, près de 5,2 millions.

La création de ces contenues très courts nécessite un investissement conséquent. A côté de ces contenus éditoriaux, au même niveau, on retrouve des formats identiques mais crées par des marques qui sont souvent insérés entre les vidéos. A l’avenir, je pense que nous verrons se développer des plateformes entières gérées en majeure partie pour des marques qui alterneront entre des articles de divertissement sur la dernière tendance et des contenus purement publicitaires. La frontière entre les deux sera si fine qu’il faudra étudier l’article en profondeur pour comprendre ce qui relève du marketing viral ou non.

Cette tendance a déjà un nom et n’est pas nouvelle : le « brand content » soit un contenu-produit directement crée par une marque. Par exemple, McDonald’s diffuse des dessins animés mettant en scène Ronald McDonald pour fidéliser toute une armée de futurs petits obèses depuis des dizaines d’années. Voir arriver ce type de pratique dans les années à venir sur Melty, Konbini ou Minute Buzz est pour moi une certitude…

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