Source: L’essor 38, Eric Pierrel : « Je suis un mec parmi 400 dans un écosystème horizontal », 16 Juillet 2018

Eric Pierrel est le président de la French Tech in the Alps-Grenoble. C’est un entrepreneur multi-casquette que la rédaction de GEM Entreprendre a pris plaisir à interviewer en vue d’en apprendre plus sur son parcours, ses projets et sa vision. Il a travaillé dans plusieurs entreprises tels que Polyspace Technologies ou Itris Automation dont il a pris la présidence en 2012.

En parallèle, il s’est impliqué dans des projets de startup en co-fondant notamment un studio de startups : Startup Maker. Il a ainsi accompagné des projets tels Une Petite Mousse, ou Squadrone System. Il a aussi été vice-président du pôle de compétitivité Minalogic. Depuis 2015, il est ambassadeur de France Digitale, l’une des plus grosses associations de startups en Europe. Par ailleurs, il a beaucoup travaillé sur l’échec, ce qui l’a poussé à fonder la Failcon Grenoble et à s’impliquer dans l’association 60 000 rebonds qui aide les entrepreneurs à rebondir après une liquidation. L’aide et le partage sont également au coeur de son engagement, d’où son statut de parrain de l’association “Entreprendre pour Apprendre”.

Dans cet article, il nous livre sa philosophie pour remplir toutes ses tâches, sa vision sociétale de l’entrepreneuriat et une série de conseils pour jeunes entrepreneurs.

GEM Entreprendre : Comment est ce que vous parvenez à porter toutes ces casquettes ?

Eric: “Dans un premier temps, je considère simplement que c’est mon devoir et qu’il en va de la responsabilité de tout chef d’entreprise de s’impliquer dans son écosystème. C’est ce que les américains appellent le “give back”. Par ailleurs, en étant impliqué dans plusieurs projets en même temps, j’ai la chance de pouvoir m’appuyer sur plusieurs pieds. Pour être efficace, je tire profit de la synergie entre mes différents engagements. Je considère que je passe une bonne journée quand je parviens à mettre en relation deux personnes qui ont des choses à faire ensemble, ce que mon côté multi-casquette me permet.

Il faut prendre en compte également la dimension d’ascenseur émotionnel. Chaque jour nous offre sa surprise. Or, le fait d’avoir plusieurs rôles permet d’équilibrer cet ascenseur émotionnel. Toutes les surprises n’arriveront pas le même jour sur tous les projets. Cependant, il y a toujours un risque d’effet de bord, à savoir le risque d’avoir trop de choses à faire d’un coup.

Généralement, je ne me dédie jamais à une seule tâche. Je suis tout le temps dirigé par des contraintes. Je pense d’ailleurs qu’il est important dans la routine entrepreneuriale de renoncer à tout maîtriser en vue de gérer ses priorités. Comment ? En prenant en compte plusieurs facteurs : est-ce que ce que je fais est en ligne avec mes priorités personnelles ? Est-ce que je le fais moi ou est-ce que je laisse quelqu’un d’autre le faire ?

Il y a un travail à la fois de planification et d’adaptation, ce qui demande beaucoup de lâcher- prise. Je dis souvent que ma vie consiste avant tout à choisir ce que je ne fais pas, ce qui demande de la visibilité et une certaine clarté sur tout ce qu’il y a à faire.”

GEM Entreprendre : Quelle vision portez-vous sur l’entrepreneuriat aujourd’hui et demain?

Eric: “L’entrepreneuriat a beaucoup évolué ces derniers temps. Aujourd’hui, nous sommes dans une société qui laisse de plus en plus de place à la logique de responsabilité individuelle. Les individus agissent de plus en plus en fonction d’eux-mêmes. Cependant, il ne faut pas opposer la démarche collective à la démarche individuelle.

Je pense que le collectif “traditionnel” d’aujourd’hui est beaucoup moins à même de donner du sens à l’individu. Je pense aux institutions religieuses, aux syndicats, aux partis politiques … Si on regarde 50 ans en arrière, il y a un net recul. Dès lors, c’est à l’individu de chercher du sens dans ce qu’il fait. Les institutions traditionnelles sont d’ailleurs en train de se réinventer avec des nouveaux mouvements sociaux qui vont accorder plus de sens sur le long terme. On a aussi évolué du top-down vers le bottom-up, à savoir que le collectif se construit aujourd’hui de la somme des individualités.

C’est dans cette dynamique sociétale que s’inscrit l’entrepreneuriat.

Quant à l’entrepreneuriat de demain, je n’ai pas d’avis tranché. Cela dépend ce que l’on appelle un entrepreneur. Si cela signifie mener des projets qui ont du sens pour toi, j’y crois et j’y vois un avenir prospère en lien avec le besoin de réinvention du collectif. Cela rejoint aussi la logique d’émancipation de l’être humain consistant à prendre son destin en main et, ainsi utiliser sa responsabilité individuelle pour bâtir des collectifs qui font sens.”

GEM Entreprendre: Auriez-vous un conseil pratique à donner aux jeunes qui ont une idée de projet et qui cherchent à se lancer ?

Premier conseil : “Parlez-en autour de vous et prenez du feedback !! Mettez fin à cette paranoïa de l’entrepreneur qui a une idée et qui n’a pas envie d’en parler de peur qu’on lui vole, cela ne marche pas comme ça ! Pour bien exécuter son projet, il faut être capable de prendre en compte les retours et se confronter le plus possible aux parties prenantes. C’est un des intérêts de l’enseignement du Lean Startup (voir source) et de son approche itérative.”

Deuxième conseil : “C’est plus facile à plusieurs !! Cela va être dur et vous allez prendre des claques donc dès le début, prévenez le risque de l’isolement de l’entrepreneur ! Choisissez bien vos partenaires et posez-vous des questions quant aux modalités d’engagement de chacun.“

Troisième conseil : “Faites quelque chose qui vous parle !! La vie est dure donc il faut que votre projet entrepreneurial vous apporte quelque chose au-delà de la dimension professionnelle. Ce conseil est facile puisque c’est quand même souvent pour ça que l’on entreprend. Concentrez vous sur TOUS les bénéfices que vous procurera votre activité — et donc pas uniquement ceux d’ordre financier.”

Vous pourrez retrouver Eric Pierrel à Grenoble Ecole de Management, le samedi 15 février lors du Festival de l’entrepreneuriat dans lequel il animera la keynote introductive entre 13h et 14h.

Source de l’image : L’essor Isère, Eric Pierrel : « Je suis un mec parmi 400 dans un écosystème horizontal », 16/07/2018 par Caroline THERMOZ-LIAUDY https://www.lessor38.fr/eric-pierrel-je-suis-un-mec-parmi-400-dans-un-ecosysteme-horizontal-22372.html

Références

La French Tech, l’éco-système français qui réunit des startups, des investisseurs, des décideur et des community builders : https://lafrenchtech.com/fr/

La Failcon, fondé par Eric Pierrel et co-organisé par l’association GEM En Débat : http://grenoble.thefailcon.com/

L’association 60000 rebonds : https://60000rebonds.com/60-000-rebonds-en-france/rhone-alpes-auvergne/grenoble/

Entreprendre pour Apprendre, l’association qui utilise l’entrepreneuriat comme source d’apprentissage pour les jeunes: http://www.epa-auvergnerhonealpes.fr/qui-sommes-nous-/decouvrir-epa-aura.html

Lean Startup (2011), ouvrage d’Eric Ries sur l’importance d’avoir des feedbacks avant de lancer son produit: https://www.amazon.fr/Lean-start-up-Eric-Ries/dp/2744065080

Propos recueillis par Ugo Mazzolini, responsable Blog de GEM Entreprendre et étudiant de deuxième année à Grenoble Ecole de Management.

Catégories : ACTUS