Une interview de Marie Berthuel, Chief Communication Officer et Dr. Jules Hammond le CEO/président de BeFC ; par Guillaume Duvernay 

Piles à biocarburants écologiques

  • Pouvez-vous rapidement expliquer le projet BeFC ?

La technologie que nous développons permet de créer de l’électricité à partir de papier d’enzymes et de sucre. Ces piles à biocarburants écologiques trouvent des usages dans de nombreux secteurs, notamment dans le biomédical. La technologie BeFC a vocation à s’intégrer dans les dispositifs jetables, portables pour la partie électronique.

Il existe en effet de nombreux dispositifs qui ne peuvent être recyclés, par exemple des capteurs qu’on applique sur des plaies qui saignent pour analyser leur évolution. La valeur ajoutée est surtout écologique, puisque tous les autres dispositifs de piles bouton sont difficiles à recycler et utilisent des matériaux toxiques ou dangereux pour l’environnement, comme le lithium.

On peut également trouver de nombreuses autres applications comme les dispositifs de tracking, et finalement tout ce qui est connecté. La technologie de BeFC se limite aux dispositifs à basse puissance et peuvent parfaitement convenir à des normes Wifi ou Bluetooth.

  • Quel est le stade de maturité de votre technologie ?

La POC (Proof Of Concept) a été réalisée, la levée de fonds du 24 juillet de 3 millions d’euros va permettre d’aller vers la production. En parallèle, de nombreux contrats de codéveloppement sont en cours avec des clients.

  • Est-ce que vous serez un jour en capacité de vous confronter aux batteries ?

Il y a différents types de batteries existantes, de différentes tailles et volumes. Par exemple les batteries utilisées dans les voitures ne représentent en aucun cas un marché viable pour les piles BeFC, d’autant qu’il est possible de les recycler de façon abordable. Dans la mesure où nous restons dans les secteurs comprenant des dispositifs de basse puissance, comprenant des piles boutons, les piles BeFC pourront alors offrir une alternative aux batteries existantes.

  • Un mot peut-être sur la période de crise sanitaire, dans quelles mesures avez-vous été impactés et qu’est-ce que ça a changé pour la suite de l’aventure BeFC ?

Nous avons été impactés de 2 manières.

D’abord, certains clients ont mis en pause des projets communs. Ensuite, nous avons été confrontés à des retards dans des commandes que nous avons passées.

Malgré la COVID, nous avons tout de même réussi à finir la levée de fonds pour poursuivre le développement du projet.

  • Avez-vous déjà un horizon pour une date de commercialisation d’un premier produit ?

La ligne de production devrait être prête d’ici 2 ans pour permettre la production de 80 000 piles par jour.

A titre informatif, pour chaque mètre carré de papier utilisé, nous pouvons produire 4 000 piles boutons.

  • Comment gérer la question des coûts quand on propose une alternative à quelque chose qui se produit en masse comme les petites piles ?

Le premier argument est celui du développement durable. Notre solution permet de réduire drastiquement le coût d’usage des dispositifs médicaux jetables par la réduction du coût de la gestion et du tri des déchets. En effet, plus besoin de stocker les déchets de piles au lithium par exemple, fini les coûts de recyclage et d’élimination de ces piles !

Le prix de la pile BeFC est très proche de celui de la pile au lithium. La forme des piles peut aussi être adaptée aux besoins, ce qui permet d’éviter toute perturbation dans l’adoption pour les clients.

  • Y a-t-il a des barrières importantes dès que l’on s’attaque au médical ? N’était-il pas plus facile de faire vos preuves dans un autre secteur pour en venir ensuite au médical ?

Dans notre cas, même si nous proposons des utilisations dans le domaine du biomédical, le « go to market » est moins contraignant car nos dispositifs sont toujours placés en dehors du corps.

Le time to market est donc très largement réduit. (cela fait peut être répétitif avec la phrase du haut)

  • Comment fait-on accompagner un tel projet deeptech ?

Au départ, nous avons été accompagnés par l’Institut PolyNat Carnot et le CNRS. Ensuite, nous avons bénéficié de l’aide de la SATT Linksium dans les phases de maturation et d’incubation. Cette période avec Linksium a été rapide puisque nous combinons une technologie de rupture (push) et une forte demande du marché (pull).

Nous travaillons maintenant avec des écoles comme Phelma (Groupe INP) en étant au contact avec étudiants et doctorants et nous nous rapprochons d’écoles de commerce.

  • Embarquer des étudiants dans l’aventure, c’est un des points clés pour BeFC ?

Tout à fait, nous sommes très ouverts à la possibilité d’offrir des opportunités aux étudiants : soit dans le cadre de l’enrichissement de l’équipe, soit dans une optique d’apport d’expérience en les faisant plancher sur quelques-uns de nos sujets, nous savons qu’ils nous surprendront.

Il faut aussi noter que l’équipe de BeFC est très jeune !

  • Comment on valorise, mesure le caractère durable de son projet ?

C’est un des chantiers majeurs du moment chez nous, nous travaillons beaucoup sur cette question.

Restez bien attentifs, nous aurons très prochainement une actualité sur ce sujet qui devrait vous intéresser !

  • Vous avez récemment participé au MIT Global Startup Workshop et même reçu un prix, est-ce que ça a pu booster le projet par la suite ? Quelles retombées suite à un tel événement ?

Grâce au MIT GSW, nous avons pu entrer en contact avec un large panel d’experts et des entreprises intéressées par le projet. Nous avons pu gagner en visibilité, autant en France qu’à l’international.

Cela nous a également permis de participer à un autre projet : CDL Climate, nous permettant de travailler de très près avec des étudiants de HEC à Paris.

  • A quel point les industriels et grands comptes s’intéressent à ces solutions deeptech qui sont très prometteuses pour le monde de demain ?

Beaucoup de grands groupes nous ont contacté dès nos débuts : soit pour diminuer leurs coûts de recyclage et de gestion des déchets ainsi que leur impact sur l’environnement ; soit pour débloquer des projets qu’ils ne pouvaient pas démarrer par manque de technologie durable.

Nous avons été agréablement surpris de l’intérêt de ces grands comptes pour le développement durable et tout cela a ouvert de nombreux nouveaux champs à explorer comme celui de la grande distribution pour les emballages par exemple.

Ces entreprises sont souvent dans une logique de co-développement avec nous et nous sommes heureux de pouvoir travailler ensemble.

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