A l’approche du festival de l’entrepreneuriat, nous avons interviewé Simon De Myttenaere, co-fondateur de Bioxegy. Il nous parle de son parcours, et de son entreprise, Bioxegy. Voici un petit résumé de notre entretien avec ce jeune startupeur, au carrefour de la créativité et de la philosophie !

Bioxegy, nouveau petit bijou de l’innovation française

La nature, vieille de 3,8 milliards d’années de R&D, est composée 1,8 millions d’espèces connues, constituant toutes autant de brevets potentiels. Le biomimétisme se propose d’utiliser notre compréhension de ce savoir-faire ultra-sophistiqué du monde vivant (techniques, propriétés, synergies) pour en faire une méthode d’innovation pouvant repenser et améliorer les produits.

L’approche de Bioxegy consiste à utiliser le biomimétisme comme un outil d’innovation massive, applicable à toutes les technologies, et à tous les concepts. Sa mission est simple : aider les entreprises à faire du biomimétisme une démarche systématique et efficace en vue de repenser leurs technologies.

Bioxegy n’en est pas à son coup d’essai !

Bioxegy, c’est du concret. Pour illustrer ses propos, Simon nous parle notamment de l’un des projets aboutis de Bioxegy. Le premier client de la startup fut un équipementier automobile, développant entre autres des systèmes de caméras pour les futures voitures autonomes. Les équipes-projet de Bioxegy, composées d’ingénieurs et de bio-ingénieurs, durent façonner une solution biomimétique pour optimiser le nettoyage des caméras de ces véhicules gourmandes en eau, car parfois soumises à des conditions météorologiques peu clémentes: neige, tempêtes de sable, … En s’inspirant de la membrane nictitante présente chez le dromadaire (qui l’utilise pour évacuer les grains de sable de son oeil), Bioxegy est parvenue à développer une technique de nettoyage des caméras plus efficace, et surtout 20 fois plus économique en eau.

Mais, cette start-up, qui n’a qu’un an et demi, ne s’attaque pas uniquement au secteur de l’automobile. Elle s’adresse également aux domaines de l’énergie, du luxe, de la santé, de l’aérospatial, des biens de consommation, de la construction… Pour une jeune startup, Bioxegy compte d’ores et déjà un grand nombre de clients industriels de l’Hexagone (et un peu au-delà puisqu’elle a signé son premier contrat international il y a peu) !

Un parcours académique et professionnel inspirant

Simon affiche un parcours très inspirant sur le plan académique. Amené à s’expatrier à plusieurs reprises durant sa jeunesse, il a atterri, adolescent, dans les Alpes, en Chartreuse. La montagne lui a conféré un goût prononcé pour la nature et une sensibilité forte pour l’environnement.

Étudiant d’Emlyon après deux années de classes préparatoires au Lycée Champollion à Grenoble, il a poursuivi son parcours lors d’un deuxième cursus de Master, en Affaires Internationales à Sciences Po Lyon. A l’âge de 21 ans, à Emlyon, il fait la connaissance de Sidney Rostan, son “ami et désormais associé”, fondateur de Bioxegy.

Simon a rejoint, à la fin de ses études, le Ministère de l’Économie et des Finances, où il fut pendant un an au service de l’Ambassade de France à Bruxelles, en tant qu’attaché économique et en charge des sujets environnementaux. Ce début de carrière était pour lui un réel objectif, en réponse à son “profond besoin de se rendre utile face aux enjeux du monde actuel”.

Il découvre le biomimétisme à l’été 2017, alors qu’il est en plein processus de recrutement de Bercy, grâce à plusieurs vidéos en ligne. Ces vidéos, transmises à son ami Sidney, deviendront, en réalité, les premières briques de la fondation de Bioxegy, concrétisée juridiquement en novembre 2018 par les deux amis.

Matérialiser sa volonté d’être “acteur”

C’est ici que la philosophie commence..! Simon a constaté, au travers de ses lectures, de ses rencontres et de ses expériences que la course à l’innovation menée par les entreprises était de plus en plus décorrélée des vrais enjeux, principalement environnementaux et sociaux : “l’essentiel de ce qui est imaginé, produit et commercialisé depuis l’ère industrielle a certes permis un accroissement conséquent du niveau de vie occidental, mais au détriment d’une majorité de la population mondiale et des ressources vivantes ou non de la planète Terre”. Simon porte donc pour — modeste — objectif personnel de recentrer l’innovation autour de valeurs et d’objectifs plus louables, à commencer par “assurer une réponse aux libertés fondamentales de tous les humains. Une bonne partie de ces libertés sont désormais entravées, par endroits, et certaines entreprises ou Etats en sont les premiers responsables.”

Fort de ce constat, Simon nous a exposé une théorie personnelle, son “mode pour agir”. D’après lui, il y a trois façons de matérialiser ses engagements:

  • par l’action individuelle du quotidien ;
  • par l’action professionnelle ;
  • par l’action politique ou associative.

Simon est profondément convaincu que Bioxegy lui offre désormais l’occasion de dessiner et matérialiser cet engagement professionnel, en orientant les industries vers la bio-inspiration. Car, “le génie du biomimétisme c’est de concilier compétitivité et soutenabilité !”. La Nature aurait l’avantage de disposer d’un cahier des charges omnipotent, sachant tout à la fois créer des matériaux légers, résistants, thermorégulés ainsi que transporter, communiquer, faire de la chimie douce, gérer nos ressources et l’énergie de façon optimale.

Le challenge de l’entrepreneur

Quand on demande à notre jeune startuppeur les principaux obstacles dans une vie d’entrepreneur, il nous répond sans ambiguïté : “le renoncement, c’est le prix de cette liberté”. Pendant une période pouvant durer plusieurs années, l’entrepreneur vit dans une forme de précarité souvent méconnue du grand public. Celle-ci s’accompagne d’une pression mentale forte, face au risque d’échouer socialement et financièrement.

Simon avoue rencontrer, après un an et demi, encore des difficultés à trouver un équilibre entre sa vie professionnelle et personnelle, tout en insistant sur le fait que l’une des clés principales pour réussir dans l’entrepreneuriat reste de bien s’entourer, de disposer du soutien de ses proches, de son conjoint, de ses amis, et bien sûr de s’associer avec des personnes qui partagent les mêmes valeurs. De toute évidence, les activités sociales et sportives disciplinées sont indispensables pour maintenir le cap. Avec beaucoup d’enthousiasme face à la découverte de ce nouveau mode de vie, il nous explique notamment comment il a repensé le voyage, de façon moins coûteuse, plus écologique et non moins aventurière (tour des Alpes en train et en vélo, voyage en train et à pieds en Scandinavie, …) !

Son conseil pour les jeunes voulant entreprendre : : “Attendez un peu avant de vous lancer !”

Avant d’entreprendre, il est nécessaire de gagner en maturité et de bien mûrir son projet en amont. Simon recommande donc d’avoir terminé ses études et d’avoir travaillé au moins un an avant de se lancer. Cela permet ainsi de constituer un premier réseau, d’apprendre quelques rouages de la vie professionnelle, d’avoir mis un peu d’argent de côté, et de faire grandir son idée.

Pendant ce temps, opérer une “descente” consumériste est indispensable. Simon ne nous cache pas avoir toujours voulu entreprendre, mais sans une idée précise de quand cela arriverait. Le fait de l’avoir fait peu après sa première année de carrière lui a permis de s’orienter vers un mode de vie “moins et mieux consommateur”, afin de pouvoir encaisser et accepter le changement. La raison pour laquelle beaucoup n’entreprennent pas aujourd’hui repose dans ce “sentiment d’incapacité de renoncer”. Par ailleurs, beaucoup de jeunes entrepreneurs abandonnent peu de temps après le lancement parce qu’ils ne sont pas assez préparés, ou n’ont pas assez préparé leurs proches !

Simon De Myttenaere nous rappelle donc que l’entrepreneuriat peut se muer en une vraie philosophie de vie, résolument tournée vers l’action vertueuse. Vous pourrez le retrouver et discuter avec lui le samedi 15 Février à Grenoble Ecole de Management, lors d’une table ronde qu’il animera au Festival de l’Entrepreneuriat.

Profil Linkedin

Lien vers une intervention de Simon sur le plateau de l’émission 697IA, dont il est le lauréat 2019 : https://youtu.be/yMVCSxbeomI

Le site de son entreprise : https://www.bioxegy.com/

Source de l’image: https://697ia.fr/bioxegy.html

Propos recueillis et synthétisés par Ugo MAZZOLINI, responsable Blog de GEM Entreprendre et étudiant en 2ème année à Grenoble Ecole de Management.

Catégories : ACTUS